Il y a trois passages principaux de la Bible qui sont régulièrement cités comme indiquant la nature pécheresse de l’acte homosexuel : l’histoire de Sodome dans le livre de la Genèse, deux préceptes légaux dans le livre du Lévitique, un passage de la lettre de Paul aux Romains. La quasi-totalité des exégètes sérieux considèrent actuellement que ces trois textes ne parlent pas de l’homosexualité telle qu’elle se vit actuellement.

Dans le texte qui suit, je donne mon point de vue de théologien amateur, passionné de théologie et d’études bibliques. Je vous prie d’excuser les limites et les approximations inévitables dans un si court texte sur un sujet si vaste.

Jusque vers 1960 toutes les Églises chrétiennes ont pris des positions négatives au sujet des actes homosexuels, les considérant comme des péchés, des actes de rejet de Dieu, un vice librement choisi. Mais pour quelles raisons ? Il y a des différences de nuances entre ces positions et ces différences ont leur origine dans les différentes manières de concevoir l’autorité à l’intérieur de chaque Église.

Les Églises protestantes

Le cas le plus simple d’autorité est la situation dans les Églises protestantes. Ici existe le principe de Sola Scriptura : seule l’Écriture a autorité. Les règles morales doivent se déduire des textes bibliques. Mais même chez les Protestants, la Bible se lit dans un cadre institutionnel qui tend à favoriser le conservatisme. Cependant, en dépit des réticences des conservateurs, dans les Églises protestantes historiques, on constate une évolution récente vers une acceptation de l’homosexualité, suite à l’adoption d’une lecture moderne, plus rationnelle, de la Bible. Ainsi l’Église Protestante Unie de France (EPUdF) permet depuis 2015 la bénédiction de couples de même sexe après un mariage civil (pourvu que la paroisse et le pasteur soient d’accord). Dans les Églises évangéliques, par contre, on favorise une attitude plus émotionnelle, avec une tendance à rejeter l’approche historico-critique de la Bible, jugée trop intellectuelle. Cela donne une lecture littérale, où les interprétations anciennes, comme celle de Philon, ne sont pas remises en cause mais semblent aller de soi. C’est pour cette raison que les Églises évangéliques sont généralement hostiles aux droits des LGBT et favorisent des pseudo-thérapies de « conversion ».

L’Église catholique

Dans l’Église catholique, la situation se complique, car à côté de l’autorité de la Bible se trouve l’autorité du Magistère (le Pape et les évêques). Les décisions morales du Magistère ne se fondent pas uniquement sur la Bible (ou les Évangiles) mais font souvent appel à des considérations philosophiques, comme dans le cas de la « loi naturelle ». Une telle « loi » aurait l’avantage d’être universelle, car fondée en raison, et pourrait être reconnue même par des non croyants. Selon cette approche, ce qui est moral est ce qui est en conformité avec la nature humaine. Malheureusement la nature invoquée ici est un concept flou et il est difficile de dire ce qui fait vraiment partie de la nature humaine. Ainsi selon les vues actuelles, l’homosexualité ne serait pas conforme à la nature humaine, mais jusque vers 1880, l’esclavage a été justifié comme faisant partie de cette même nature humaine. Cette « loi naturelle » est également invoquée pour justifier l’interdiction de la contraception ou de l’ordination des femmes.

Les Églises orthodoxes

Du côté des Églises orthodoxes, la Bible garde son autorité, mais l’approche historico-critique est considérée avec méfiance. Chez les Orthodoxes, il n’y a pas de Magistère unique, mais une certaine jurisprudence traditionnelle, avec une attitude plus mystique que légaliste. Par ailleurs, les Pères de l’Église gardent un prestige considérable et il est très difficile d’aller contre leurs jugements. Dans ces Églises on valorise la « Vérité éternelle », immuable et on accuse les Églises occidentales (catholique ou protestantes) d’être versatiles. Les Églises orthodoxes sont hostiles aux droits des LGBT, car une telle hostilité fait partie de ce qui est considéré comme la « Sainte Tradition ».

La conscience

Un dernier point, souvent oublié : toutes les règles morales que les Églises chrétiennes édictent ne sont que des guides, des recommandations « objectives ». Dans tous les cas, c’est la conscience individuelle qui juge de ce qui est moral dans la vie de chaque individu. Cette liberté de conscience est un principe présent partout dans le Nouveau Testament et les Églises peuvent difficilement la remettre en cause. Les règles imposées par les Églises peuvent néanmoins créer des complications dans la vie des LGBT, car toutes les Églises exigent d’être en règle avec leurs lois pour pouvoir participer pleinement à la vie de l’Église.

Michael – Janvier 2016