Loin des yeux, loin du cœur ?


David & Jonathan réagit à l’intervention de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui se prononce contre la possibilité de bénir les couples de même sexe.

La question en elle-même – est-il possible de bénir les couples de même sexe – montre bien que des initiatives en ce sens ont vu le jour. Des portes s’ouvrent en effet aujourd’hui dans un certain nombre de paroisses et diocèses catholiques, via lesquelles ces derniers tentent de se mettre à l’écoute et de rejoindre les demandes d’accompagnement spirituel des personnes LGBTI+ (Lesbiennes, Gays, Bies, Trans, Intersexes).

Il n’est ici nulle question de mariage : simplement, selon l’étymologie même du mot de bénédiction, de « dire du bien de ». La réponse de la Congrégation pour la doctrine de la Foi est sans appel : on ne saurait dire du bien des unions homosexuelles, il n’est donc pas possible de les bénir. L’argumentaire de théologie morale qui soutient de tels propos est bien éculé, et pourtant rien ne semble avoir changé, depuis le temps où Joseph Ratzinger, préfet de ladite Congrégation, refusait toute possibilité de reconnaissance morale de l’homosexualité, dans une lettre aux évêques de 1986. On ne peut que voir aujourd’hui les dégâts de ce discours, empêtré dans ses certitudes, et qui a renvoyé désirs, sentiments et vies de couple du côté de la honte, du silence, de la violence, pour peu qu’ils ne puissent correspondre à une norme hétérosexuelle et procréative.  

Ce que l’on aurait pu espérer, c’est un peu d’humilité, de la part de ceux qui prétendent s’incliner devant le dessein de Dieu. Qui peut dire où est le dessein de Dieu ? S’il ne se manifeste pas, avant tout, dans la parole du peuple de Dieu, et parmi celui-ci, des personnes LGBTI+ qui attendent de leur Église qu’elle dise du bien de ce qu’ils et elles vivent, et qu’elle les accompagne dans leur cheminement de croyant.e ?

Que penser d’une Eglise qui, loin d’accueillir sans jugement, écarte une partie de ceux et celles qui viennent vers elle ? Régulièrement, nous sommes sollicité.e.s pour obtenir le contact d’un prêtre qui accepterait de célébrer un baptême, des obsèques, ou de prononcer une bénédiction, pour des familles LGBTI+. Aujourd’hui en France, il n’est pas possible pour une personne LGBT+ catholique de se tourner simplement vers sa paroisse, vers un prêtre rencontré au hasard, sans s’assurer au préalable de sa bienveillance, sans risquer de se voir renvoyer du côté du péché et de l’immoralité. Parfois, c’est le prêtre lui-même, en acceptant de recevoir et d’accompagner les personnes dans leurs demandes, qui risque une opposition de sa hiérarchie.

Pourtant, comme tout un chacun, les personnes LGBTI+ souhaitent placer leur union sous le regard de Dieu, et comme en témoigne une personne qui a pu bénéficier d’une bénédiction, « rendre grâce et inscrire notre union dans une fertilité qui était à créer, en faire un témoignage auprès de nos proches. » Par le choix des textes, par la construction d’une célébration, ces couples murissent une démarche spirituelle, et donnent sens à leur couple et à l’espérance qu’ils et elles y portent.

Il n’est plus temps, aujourd’hui, pour ce cléricalisme déconnecté et lointain, là où le « Qui suis-je pour juger ?* » du pape François avait replacé au centre la recherche de Dieu et du Christ.

David & Jonathan
Contact Presse : 06 36 95 66 31

*« Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? », phrase prononcée par le pape François au retour des JMJ de Rio de Janeiro, en 2013