Ce qu’il ne faut pas oublier derrière les « thérapies de conversion » de personnes LGBT – lien

 

 

Paris le 27/11/2019

L’engagement d’une députée, Laurence Vauncebrock-Mialon, pour interdire les thérapies de conversion, à la suite d’une recommandation du Parlement européen, suscite aujourd’hui une mobilisation médiatique et parlementaire inédite. Il était difficile d’imaginer possible l’existence en France d’organisations qui reconnaissent ouvertement vouloir faire revenir dans la norme hétérosexuelle et cisgenre[1] les personnes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bies et Trans). Le documentaire « Homothérapies, conversion forcée », diffusée ce 26 novembre 2019 sur Arte, montre l’importation en France de certains mouvements américains, comme Courage et Torrents de vie, qui pourtant se défendent de proposer des « thérapies de conversion ». En réalité, ce focus sur leurs pratiques doit inviter à débusquer les ressorts d’homophobie et de transphobie sur lesquelles elles s’appuient.

Le vocabulaire de la « thérapie » trouve ses origines dans la pathologisation de l’homosexualité, à laquelle l’Organisation Mondiale de la Santé a officiellement mis un terme en 1990. Cependant, cette pathologisation subsiste dans nos consciences et nombre de personnes aujourd’hui, qu’elles soient dans l’entourage ou directement concernées, continuent au moment du coming-out de relire le passé pour y chercher des causes traumatiques.

Officiellement abandonnée par les instances psychiatriques, ce registre pathologique a été repris sans discernement par des acteurs religieux, dans un mélange de discours psychologique et spirituel très contestable. Que veut dire « aider à la restauration de l’identité relationnelle et sexuelle »[2], comme prétend le faire Torrents de vie ? Est-il pertinent de mettre sur le même plan un rapport difficile à sa famille, une maladie physiologique, des choix moraux, comme autant de « blessures », de « failles » équivalentes sur lesquelles Dieu agit ? Ce qui est condamnable derrière la thérapie de conversion, c’est le dévoiement d’un accompagnement spirituel confondu avec une démarche de soutien thérapeutique, et la culpabilisation entrainée par ces supposées failles de la construction de la personne.

Les institutions catholiques et une partie du protestantisme refusent les évolutions sociales en faveur des personnes LGBT, et des auteurs influents, à l’image d’un Tony Anatrella, se sont servis de pseudo-analyses psychologiques pour mieux justifier les prescriptions religieuses. Dans les méthodes « d’accompagnement » dénoncées, une personne qui a des désirs ou des pratiques homosexuelles est en souffrance, ce qui vient confirmer la condamnation religieuse de l’homosexualité comme péché ou désordre.

Ce que nous dénonçons dans ces pseudo-thérapies, c’est tout simplement de proposer une solution là où elles ont d’abord suscité l’exclusion et le mal-être. C’est toute l’ambiguïté d’un accompagnement qui impose comme prérequis que les désirs que l’on vient confier seraient désordonnés, comme le postule encore le catéchisme de l’Eglise catholique. Il s’agit alors non d’une aide au discernement, mais de l’imposition d’une autorité avec tous les risques d’abus. La proposition « d’accompagnement » rencontre un public là où a parfois été distillé tout au long de la vie rejet de soi et culpabilisation. Elle prend effet sur des personnes vulnérables à l’emprise, désespérées d’un retour possible à la norme, ou confiantes en une autorité, notamment religieuse, qu’elles investissent fortement.

La « thérapie de conversion », sous la forme de sessions organisées ou de séances dispensées par des thérapeutes, n’est que la pointe émergée d’un iceberg bien plus disséminé et diffus dans nos Eglises et notre société. Qu’elles qu’en soient les modalités, la « thérapie de conversion » ne prend sens que parce l’on pose comme plus sain et désirable le fait d’être hétérosexuel et cisgenre.

Nous militons pour qu’une loi interdise ces pratiques qui visent à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Mais elle risque de n’être qu’une pétition de principes si elle ne s’accompagne pas d’une dénonciation de cette « zone grise » de dévoiements spirituels et psychologiques, qui nient la grande diversité de couples, de familles et de vies heureuses et épanouies.

 

Association David & Jonathan, association LGBTI+ chrétienne ouverte à toutes et tous
Antenne Inclusive de la paroisse Saint Guillaume (UEPAL, Strasbourg)
Jean-Michel Dunand, fondateur de la Communion Béthanie

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[1] Se dit d’une personne dont l’identité de genre est en adéquation avec le sexe qui lui a été attribué à la naissance, par opposition à transgenre
[2] Voir leur audition à l’Assemblée nationale (lien)

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