Communiqué de presse à l’occasion de la journée internationale de l’IDAHOT
L’homophobie religieuse, sans insultes ni coups, c’est toujours de l’homophobie

 

 

Paris, le 16 mai 2018

En ce 17 mai, Journée Internationale de Lutte contre l’Homophobie et la Transphobie (IDAHOT), David & Jonathan, mouvement LGBT chrétien, souhaite partager le récit de Brigitte et Colette, témoins de l’homophobie ordinaire dont a été victime leur amie Annick lors des obsèques de celle qui fût sa compagne puis sa femme pendant 48 ans.

Parce que Claude & Annick étaient homosexuelles, un prêtre catholique a refusé de célébrer la messe d’enterrement dans son église.
Avec cette histoire, nous voulons dire que l’homophobie, ce ne sont pas seulement des insultes ou des coups :
Quand on se demande si on peut accompagner une personne homosexuelle vers son dernier voyage de la même façon que n’importe quelle autre personne,
Quand on dédaigne la compagne de 48 ans de vie commune,
Quand on mésestime sa peine et qu’on lui fait violence, même sans mauvaise intention, alors qu’elle vient de perdre l’être cher,
Quand on se sent mal à l’aise pour célébrer des obsèques, du simple fait que la défunte est une femme qui vivait avec une autre femme,
Alors, oui, c’est de l’homophobie : une homophobie ordinaire, qui ne dit pas son nom.
Celle qui blesse. Celle qui meurtrit le cœur et l’âme.

Nous appelons de toutes nos forces les Eglises de France, qui se donnent pour mission d’accompagner les personnes et de « protéger les plus faibles », à se saisir de ce témoignage et à commencer une vraie réflexion sur l’accompagnement des personnes homosexuelles en deuil.
Parce que les Eglises, qu’elles le veuillent ou non, seront de plus en plus confrontées à ces veufs et ces veuves LGBT, qui attendent d’elles humanité et amour dans les moments les plus difficiles.

 

Le Bureau national de David & Jonathan
Contact presse : copresidents@davidetjonathan.com ou 06 36 95 66 31

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Témoignage de Brigitte et Colette
« Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? »a déclaré le pape François en juillet 2013.

« Vendredi 13 avril, Claude (femme de 81 ans) fait une crise cardiaque et meurt pendant la nuit suivante.
Après 48 ans de vie commune dont 4 années de mariage, Annick sa veuve, est totalement effondrée par cette séparation brutale.
Pour ses funérailles, Annick, naturellement, veut respecter les convictions religieuses de Claude et ses souhaits écrits. Le représentant des pompes funèbres prend contact avec la paroisse voisine, dans le 19ème arrondissement de Paris, fréquentée quelquefois par Claude, pour organiser une cérémonie religieuse d’adieu. Date est prise pour le mercredi 18 avril.
Lundi 16 avril, l’organisateur des obsèques reçoit un appel du prêtre de la paroisse, qui l’informe que finalement, la cérémonie ne pourra pas se tenir dans l’église…
Nous (Brigitte et Colette) sommes, par hasard, présentes à ce moment et témoins auditifs de cet échange téléphonique, grâce au haut-parleur.

Le prêtre vient de comprendre que Claude n’est pas un homme, comme son prénom pouvait le laisser supposer, mais une femme mariée à une autre femme !
À la hâte, Annick doit trouver une autre solution pour que Claude puisse avoir droit à une célébration catholique d’adieu comme elle le souhaitait.
Ce sera donc une bénédiction dans la chambre mortuaire de l’hôpital où Claude est décédée.
Dans cette petite pièce froide et anonyme, la famille, les amis, les voisins se serrent pour écouter l’homme d’église présent, qui récite ses textes entrecoupés par des chants.

Tous se rapportent au péché et au pardon : « si quelqu’un confesse ses péchés, Dieu est fidèle et juste pour les lui pardonner »…
Pourquoi pardonner ? Quel péché ? Qui a désobéi à la loi divine ? Qui a manqué gravement à ses devoirs envers Dieu, son prochain et soi-même ?
Pas un mot pour nous parler de Claude sauf qu' »il y a bien longtemps, elle a été baptisée ».
Rien sur sa vie professionnelle de sage-femme, qui a permis à des centaines de femmes de mener à bien la venue de leur bébé.
Rien sur sa vie personnelle, ses goûts, ses engagements.
Rien sur sa vie affective et ses 48 années d’amour avec Annick.
Pas un mot non plus pour Annick. Pas même un regard.
Nous sommes en avril 2018, on célèbre le cinquième anniversaire de l’adoption par le Parlement français de la loi proposée par Christiane Taubira autorisant le mariage pour tous au nom des principes d’égalité et de partage des libertés : 40 000 unions en France à ce jour.
5 ans après, il y a encore des Eglises qui continuent à ignorer l’amour entre 2 personnes de même sexe, au point de refuser une bénédiction mortuaire, et qui continuent à fournir des partisans à la « Manif pour tous ».
Ne laissons pas passer cela sous silence ».

Brigitte et Colette,
(témoins du mariage de Claude et Annick)