LGBT : une proposition de loi pour interdire les «thérapies de conversion»

11 avril 2018 – par Florian Bardou (extrait du site de Libération – lien)

LGBT : une proposition de loi pour interdire les «thérapies de conversion»

Jusque-là marginales en France, les «thérapies» dites de conversion pourraient bientôt être interdites. Dans la foulée du Parlement européen, qui a condamné début mars ces «traitements» censés «réorienter» les personnes gays, lesbiennes, bis et transgenres vers l’hétérosexualité ou leur genre assigné à la naissance, la députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon s’apprête en effet à déposer une proposition de loi les prohibant en France avec le soutien de la majorité parlementaire. «Ces pratiques sont indignes et même si elles sont méconnues, elles ont lieu en France où elles font des ravages, défend à ce propos l’élue, ouvertement lesbienne, à l’initiative du texte. L’Union européenne a appelé ses Etats-membres à légiférer. Si la France est le pays des droits de l’homme, elle ne peut pas rester silencieuse sur cette question.»

C’est tout le propos de la prochaine proposition de loi. Interdiction des thérapies de conversion (lien) .

Inspirée par une loi maltaise unique en Europe, la députée de l’Allier souhaite que s

oient punies les «pratiques visant à changer l’orientation sexuelle d’une personne» par des peines de prison allant de trois ans, même en l’absence d’ITT, à dix ans d’emprisonnement, dans le cas où elles auraient entraîné le suicide d’une personne LGBT. Selon le document consulté par Libération (et encore à l’état de brouillon), ces lourdes peines sont accompagnées d’amendes conséquentes calquées sur l’article L-222 du code pénal punissant les auteurs de «tortures ou d’actes de barbarie». «Certes, ces « thérapies » ne se font pas au grand jour comme cela peut-être le cas dans d’autres pays comme les Etats-Unis, à l’exception des Etats fédérés les ayant interdites, rappelle par ailleurs l’exposé des motifs de la proposition de loi. Pourtant, elles ont été pratiquées et sont encore pratiquées sur le territoire français. Dans les années 60 et 70, des homosexuels français internés dans des hôpitaux psychiatriques ont eu à subir des « traitements » incluant la consommation d’hormones ou l’administration d’électrochocs.»

De quoi satisfaire les associations LGBT qui dénoncent depuis plusieurs mois l’organisation d’événements par l’association catholique ultraconservatrice Courage aux objectifs plus ou moins inavoués d’«accompagnement des personnes à tendance homosexuelle» ? «Sur le principe, je n’ai rien contre une telle législation et nous nous tenons à la disponibilité du législateur pour contribuer à la bonne réalisation d’un projet de cet ordre, commente Anthony Favier, le coprésident de l’association homo chrétienne David & Jonathan. Tout ce qui s’oppose au bien-être des personnes LGBT doit susciter l’intérêt des pouvoirs publics. Néanmoins, ce que nous percevons sur le terrain, notamment dans nos actions contre Courage et le prédicateur Henri Lemay [un laïc du renouveau catholique canadien invité récemment dans le Morbihan pour une session de «guérison de la sexualité», ndlr], c’est la grande difficulté à caractériser les « thérapies » de guérison. Le discours du soin n’est si clairement employé et les acteurs religieux utilisent de nombreuses stratégies de dissimulation. On se situe souvent plus dans l’emprise mentale, parfois la dérive sectaire, et pas mal dans l’abus psycho-spirituel.»

Un sentiment partagé par le président de SOS Homophobie, Joël Deumier. «C’est une bonne nouvelle car ces pratiques sont une atteinte à l’état des personnes et il est nécessaire que les pouvoirs publics les préviennent et puissent les sanctionner : une loi est donc un bon moyen de mettre ce sujet dans le débat public, pointe le militant associatif. D’autant qu’il y a un risque réel de retour de ce type de traitements avec Courage qui essaye de s’implanter en France pour rééduquer les homos.» Et de s’interroger : «On se demande si une telle loi d’interdiction va être à même de prévenir efficacement ces « thérapies ».» «Quels moyens seront dévolus à la lutte contre ces pratiques ? Comment débusquer ce qui se passe dans des cadres très protégés ? Quel accompagnement sera proposé aux victimes de tels agissements ?» s’interroge le président de David & Jonathan. Gageons que ces questionnements trouvent réponses à l’occasion de l’examen futur du texte de Laurence Vanceunebrock-Mialon dans le cadre de la niche parlementaire des députés LREM à la mi-mai.

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