Inclusivité : Dans nos paroisses, quand on dit qu’on est LGBT, les gens veulent comprendre

Nicolas Neiertz, membre de l’association David & Jonathan – Garçon magazine mars/avril 2017

Extrait :

« Il a développé un discours d’accueil inclusif, sans condition, quelles que soient leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. »

Ancien co-président de l’association, ce Parisien nous explique en quoi la religion catholique s’ouvre peu à peu à la société d’aujourd’hui, et quelles sont les actions de l’association qui existe depuis 45 ans.

L’association est née en 1972. Quel était son but ?

Nous sommes la plus ancienne organisation LGBT en France. Nous sommes un mouvement homosexuel chrétien ouvert à toutes et tous. Chaque mot compte. Nous visons toute variante du christianisme, nous sommes un mouvement mixte, et toutes les spiritualités sont les bienvenues. C’est un mouvement chrétien, mais nous sommes ouverts à l’individu, nous avons une charte humaniste. Le but au début était de vivre ensemble et de manière épanouie sa spiritualité et son orientation affective et sexuelle. C’est-à-dire de mettre au centre de la table le rapprochement (entre) religion et sexualité.

Quelles sont aujourd’hui les positions claires du Vatican sur ces questions-là ?

L’Eglise catholique est un univers extrêmement varié, il y a toutes les sensibilités. Le Pape François a une manière d’être catholique. Mon curé de paroisse aussi, moi aussi. On a chacun-e notre manière, et ceci forme l’Eglise, c’est l’ensemble des croyant-e-s, ce qui la fait vivre. Il y a donc plusieurs sensibilités sur la question de l’homosexualité. Le Pape François a exprimé ses positions, qui sont très différentes de celles de ses prédécesseurs. Il a différencié deux choses. La doctrine tout d’abord, qui n’est pas favorable aux questions homos, il faut être honnête, et d’autre part, ce qu’on appelle la pastorale, dans le jargon, l’accueil des personnes. Et dans ce qu’il écrit dans tous ses textes depuis qu’il a été élu, c’est l’accueil inconditionnel des personnes. Il le dit également des personnes transgenres, homos et des familles homoparentales. Il a développé un discours d’accueil inclusif, sans condition, quelles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre. Il ne revient pas sur la doctrine, il la laisse où elle est. Il parle de pastorale, d’accueil des personnes, et ça permet à beaucoup d’évêques en France d’avoir une pratique inclusive. Quelque chose est en train de se passer en France, dans cette direction, par les évêques. Il y a des groupes de dialogue, mais aussi de travail, sur la liturgie, la manière d’accueillir des baptêmes dans les familles homoparentales par exemple, ou des groupes de réflexions sur les bénédictions. On peut bénir des situations de vie. Le mariage est un sacrement pour les Catholiques, donc c’est encore différent. Il se passe des choses depuis que le mariage civil pour les couples de même sexe a été adopté en France.

Est-ce que finalement, on peut dire que les débats sur le mariage pour tous ont permis des ouvertures auprès des Eglises, catholique (notamment), sur des thèmes qui étaient jusque-là peu évoqués ?

Absolument, c’est un tournant. Ce débat a donné à beaucoup de Chrétien-ne-s l’envie de comprendre. Dans nos paroisses, quand on dit qu’on est LGBT, homo, les gens veulent comprendre, il n’y a pas d’a priori négatif, mais ils nous posent des questions, ils veulent savoir ce qu’est notre type de vie, comment nous vivons ceci. Les Chrétien-ne-s ont forcément été interpellés lorsque l’on parlait de mariage. Comme c’était une loi qui visait l’égalité entre couples homos/hétéros sur le mariage civil et l’adoption, et comme on a parlé de mariage, les Chrétien-ne-s se sont interrogé-e-s sur ce qu’était la vie d’un couple de même sexe, quelle est leur spiritualité vis-à-vis de cela ? Qu’est-ce que cela peut nous apporter ?