A l’occasion de la venue du Pape Benoît XVI en France, Témoignage Chrétien a interrogé David & Jonathan sur cette question des plus sensibles : « Peut-on encore changer l’Eglise catholique ? » Cette tribune libre est parue dans l’édition du 18/09.

 

« Peut-on encore changer l’Église ? » À cette question, Mère Térésa répondit que « l’Église, c’est vous et moi ». C’est parce que l’Église est aussi nous, communauté comportant des baptisés homosexuels, et pas seulement l’institution religieuse, que la question de changer nos Églises est légitime quand ce qu’elles prônent en matière de sexualité nous semble infidèle aux exigences évangéliques. Il devient urgent de permettre aux croyants – homosexuels ou non d’ailleurs – de vivre sereinement leur sexualité, et d’offrir aux homos une Bonne Nouvelle débarrassée d’une doctrine aux relents homophobes.

 

Changer l’Église prend alors de multiples formes

 

Tout d’abord, c’est demander instamment à l’institution d’infléchir ses discours qui cautionnent voire justifient des propos ou actions homophobes. Quarante ans après Humanae Vitae, la sexualité peut-elle encore n’être légitime que dans le cadre d’un mariage procréatif ? Alors que s’ouvre bientôt un synode romain sur la Parole, peut-on encore tenir des lectures réductrices du Cantique des Cantiques sur le plaisir, ou fondamentalistes du Lévitique sur l’homosexualité ? Ce discours officiel peut changer si la Tradition est perçue comme la responsabilité d’interpréter le trésor de la foi dans un contexte toujours nouveau. David & Jonathan y œuvre en entretenant des échanges officieux avec certains évêques ou en interpellant publiquement l’épiscopat. Et espère une Église qui donne sur toutes les questions de sexualité une parole de vie, qui ne décrète pas comme dangereuses certaines formes alternatives de relation et soit ouverte à des fécondités non procréatives.

 

Cela suppose aussi d’aider les croyants – aux expressions de foi si diverses – à changer de regard sur les homosexuels. Alors que les homos se font discrets dans leur communauté ou leur presbytérium, que les chrétiens qui organisent des débats sur l’homosexualité invitent rarement les premiers concernés à s’exprimer, les membres de D&J essayent d’être présents et visibles dans leur communauté à Paris, à Marseille ou à Lille… et dans le réseau des Parvis. Nous croyons que cet apprivoisement au quotidien peut transformer le regard des catholiques que nous connaissons, voire plus largement celui de l’institution. Car notre problématique en rejoint d’autres dans l’Église : celles des femmes, des couples utilisant la contraception, les divorcés remariés… en quête d’une expérience chrétienne de la sexualité, détachée de la culpabilité ou de la seule procréation, comme un don que Dieu nous fait pour le vivre pleinement.

 

Enfin, n’oublions pas le changement de regard des homos sur leur propre sexualité. Il s’agit pour eux d’expérimenter une sexualité positive, moins dogmatique, plus réaliste. Mais aussi de transformer la stigmatisation qu’ils ont subie en qualités (accueil de l’autre, travail de libération, union du charnel et du spirituel…). D&J accueille ainsi celles et ceux qui se présentent pour les aider à s’épanouir et manifeste au milieu homosexuel que vivre de concert sa sexualité et sa spiritualité peut être source de bonheur. C’est avant tout par leur vie que les homosexuels chrétiens témoignent d’un regard d’espérance sur le monde, comme l’illustre notre recueil Les homosexuels ont-ils une âme ?

 

Le jour où l’Église catholique saura voir avec tendresse toutes les femmes et tous les hommes tels qu’ils sont, panser leurs plaies sans jugements ni reproches, accueillir leur marginalité comme richesse, leur dire la tendresse de Dieu… ce jour-là, elle aura changé.

 

David & Jonathan