Film réalisé par Jane Anderson, Martha Coolidge et Anne Hegne (2000)

En 1996, If these walls could talk montrait l’évolution de la société américaine concernant la question de l’avortement. Dans une même maison, les époques se succèdent et le vécu des femmes change. En 2000, If these walls could talk 2 reprend le même concept et aborde trois questions liées à l’homosexualité féminine à trois moments du XXe siècle : 1961, 1972 et 2000.

Au début des années 60, Edith et Abby vivent ensemble depuis une cinquantaine d’années. Un soir, Abby est victime d’une attaque cérébrale. Edith l’accompagne à l’hôpital mais, n’étant pas de sa famille, elle ne peut pas assister sa compagne dans ses derniers moments. Elle doit faire face au neveu d’Abby qui, en l’absence de testament, veut disposer des affaires de sa tante et de la maison, sans aucune reconnaissance pour la vie commune des deux femmes.

En 1972, quatre étudiantes lesbiennes vivent ensemble dans la maison. Militantes féministes, elles sont renvoyées du groupe politique auquel elles appartiennent en raison de leur homosexualité. Mais le jour où Linda rencontre Amy, une jeune femme androgyne, et en tombe amoureuse, Amy est stigmatisée par les amies de Linda en raison de sa masculinité.

En 2000, Fran et Kal, un couple de lesbiennes, désirent avoir un enfant. Après avoir tenté de trouver un père potentiel qui accepterait de renoncer à toute forme de paternité, elles décident de faire appel à une banque de sperme. Elles vivent les différentes étapes de la conception : choix du sperme, surveillance de l’ovulation, fécondation.

En jouant sur toute une gamme de sentiments, du mélo au sens noble du terme à l’humour, ce film retrace les différentes étapes de l’acceptation de l’homosexualité féminine. Inscrit dans une époque, chaque problème abordé est en fait encore actuel et peut également concerner les hommes. Trop souvent encore, la famille d’un-e homosexuel-le refuse de reconnaître à sa mort les liens qui l’unissaient à son ou sa ami-e. Les homosexuel-les androgynes sont rejetés par certains gays ou lesbiennes. Quant au problème de l’infécondité du couple homosexuel, il reste irrésolu.

Les réalisatrices privilégient un regard et un vécu féminin sur ces questions. Les hommes sont complètement absents de ce film et sont même évincés du problème de la procréation qui les réduit à leur semence. Le film ne dénonce pas ce fait qui n’est pas présenté comme de l’intolérance mais comme une perception uniquement féminine de la société. L’humour fait oublier cette question pourtant essentielle. Les réalisatrices centrent leur réflexion sur le couple, ses débuts, son épanouissement et sa fin, en donnant une vision idyllique de la relation lesbienne qui ne s’achève qu’avec la mort. Le couple est présenté dans son inscription sociale, dans son acceptation par la communauté lesbienne, dans son désir d’imitation du modèle dominant de la famille avec enfants.

Le film ne juge pas les différentes manières de vivre l’homosexualité. Il critique l’intolérance dont peuvent souffrir les lesbiennes. Tout en montrant les étapes franchies dans la reconnaissance de l’amour au féminin, il rappelle que rien n’est acquis, ni au regard de la société, ni au sein de la communauté homosexuelle.