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Le chameau et l’étoile rose
Dans la semaine entre la fin du synode romain sur la Parole de Dieu et la fĂŞte de la Toussaint, la CongrĂ©gation pour l’Éducation catholique publie un nouveau document sur l’utilisation de tests psychologiques dans la sĂ©lection des candidats Ă la prĂŞtrise (1). L’argumentation dĂ©veloppĂ©e tĂ©moigne Ă la fois d’une instrumentalisation de la psychologie aussi contestable dans le fond qu’inefficace dans son application, et d’un incomprĂ©hensible mĂ©pris de cette Parole de Dieu dont on bafoue dans les faits une autoritĂ© qu’on s’époumone Ă proclamer urbi et orbi.
Parler de tests psychologiques, c’est soulever la question de la normalitĂ© et du caractère relatif de ce concept. « Normal vient du latin norma qui signifie « Ă©querre ». Est donc considĂ©rĂ© de prime abord comme normal ce qui est conforme Ă la règle… ce qui ne penche ni Ă droite ni Ă gauche, ce qui se tient dans un juste milieu. Une certaine rectitude participe de fait foncièrement des prĂ©requis du normal. Ne serait donc pas normal ce qui est tordu, ce qui dĂ©vie, ce qui va de travers, ce qui ne rentre pas dans les cases que l’on dĂ©finit. Mais serait, par contre, normal ce qui satisfait aux lois reconnues, ce qui fonctionne sans dĂ©rangement, sans ratĂ©, sans perturbation…De telles dĂ©finitions condensent les risques de conceptions par trop orientĂ©es de la notion de normalitĂ© concernant le fait humain, notamment la vie psychique. Elles engagent un jugement de valeur et s’appuient sur un certain conformisme social. Non pas que de telles idĂ©es ou exigences soient foncièrement ineptes… mais si elles participent Ă dĂ©finir quelque chose de la normalitĂ©, elles ne sont pas suffisantes et apparaissent bien vite problĂ©matisĂ©es par d’autres faits » (2).
Nul ne conteste que la dĂ©nonciation publique de nombreux faits de pĂ©dophilie – avec les sanctions financières qui s’ensuivent ! – ait largement contribuĂ© Ă promouvoir ces manĹ“uvres de sĂ©lection. Pour autant, un groupe de victimes d’agressions sexuelles, basĂ© aux Etats-Unis, estime que « les responsables catholiques continuent de se focaliser sur les responsables de ces actes en ignorant le vrai problème de fond, qui ne change pratiquement pas au sein de l’Église : la culture du secret et la puissance incontrĂ´lĂ©e de la hiĂ©rarchie ». Dans le contexte de civilisation qui est le nĂ´tre, on pourrait ajouter la question du cĂ©libat imposĂ© et de l’équilibre affectif.
Pour ĂŞtre devenue habituelle, l’assimilation des tendances homosexuelles Ă ce type de comportements n’en demeure pas moins perverse. Faut-il rappeler les leçons de l’histoire, redire comment d’insinuations en stigmatisations, on encourage et justifie l’étoile rose et bientĂ´t après l’extermination ? Faire des prĂŞtres homosexuels autant de boucs Ă©missaires incapables soi-disant d’accomplir correctement leur mission relève de la calomnie. Pour rendre leur dignitĂ© Ă tous ceux – et ils sont lĂ©gions – dont la vie et le ministère tĂ©moignent du contraire, faudra-t-il, après tant de tĂ©moignages fiables et convergents dĂ©noncer les promotions romaines de « blanchiment » d’authentiques prĂ©dateurs ?
Faute d’interroger sa propre crispation sur les questions sexuelles, le Vatican biaise par avance la pratique des tests de sélection des candidats à la prêtrise, au risque non négligeable d’en pervertir l’usage et de rendre plus douteuse encore leur efficacité. Reste à vérifier la pertinence de telles méthodes au regard de la Parole de Dieu.
Au jour de la Toussaint, c’est l’Ă©vangile des BĂ©atitudes en saint Matthieu (5, 1-12a) qui est proclamĂ© au cours de la liturgie. Tous ceux que le texte dĂ©clare « heureux » sont Ă un titre ou un autre hors de la norme, Ă cĂ´tĂ© de ce qui convient aux gens qui rĂ©ussissent leur vie. Ils ne sont ni ne font « comme tout le monde ». Discernement paradoxal dont les critères contredisent l’Ă©vidence et appellent Ă voir au-delĂ ! Quels tests psychologiques pourraient leur reconnaĂ®tre Ă©quilibre et compĂ©tences face au manque existentiel qui les caractĂ©rise ?
Que dire alors du choix par JĂ©sus de ses plus proches disciples ? Aux rĂ©sultats des tests d’aptitude, Jean se rĂ©vèlerait-il en grande dĂ©pendance affective avec une identitĂ© sexuelle incertaine ? Judas, Ă l’Ă©vidence, manque de loyautĂ© ! Quant Ă Pierre son excessive rigiditĂ© de caractère devrait le faire Ă©carter. Simon le zĂ©lote a tout d’un dĂ©sĂ©quilibrĂ© et Paul, criminel Ă la conversion subite, est complètement exaltĂ©. Il faut ajouter qu’aux yeux de sa famille, JĂ©sus, le chef de bande, est devenu fou. Ses adversaires pointent avec gourmandise les Ă©carts provocateurs qu’il affiche par rapport Ă la Loi. Lui-mĂŞme en rajoute avec ses frĂ©quentations d’Ă©trangers, de publicains et de prostituĂ©es. Se disant prioritairement envoyĂ© pour les malades et les exclus, il bouleverse les normes avec le mĂŞme entrain qu’il renverse les tables des changeurs : en colère et au fouet ! Qui pourrait le faire entrer dans les cases prĂ©-Ă©tablies ?
Quelle mouche a donc piquĂ© les responsables de cette honorable CongrĂ©gation pour qu’ils succombent aussi facilement aux appels de quelques sirènes prĂ©tendument psychologisantes ? Comment les ramener Ă cet enseignement qu’ils sont censĂ©s professer : ce qui est faible, hors norme, ce qui est mĂ©prisĂ© et semble insignifiant, voilĂ ce que Dieu choisit pour confondre la science et l’arrogance des forts ?
« Il est plus facile Ă un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’Ă un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. » (Matthieu 19, 24)
Lorsque le chameau arriva de l’autre cĂ´tĂ©, on dĂ©couvrit qu’il portait l’Ă©toile rose !
David & Jonathan, 02-11-2008
(1) - « Orientations pour l’utilisation des compĂ©tences psychologiques dans l’admission et la formation des candidats au sacerdoce. » CongrĂ©gation pour l’Education Catholique 30 octobre 2008.
Le document explicite les cas de « troubles ou pathologies sexuelles » incompatibles avec le sacerdoce, comme « les fortes dĂ©pendances affectives, le manque notable de libertĂ© dans les relations, la rigiditĂ© excessive de caractère, le manque de loyautĂ©, l’identitĂ© sexuelle incertaine et les tendances homosexuelles fortement enracinĂ©es ». (La Croix 31 -10-2008)
(2) – CHABERT C et VERDON B (2008) Psychologie clinique et psychopathologie, Paris, PUF, p.71-72.